[PC/PS4] Absolver – everybody’s kung-fu fighting…♫♪

Je n’ai jamais pris le temps de me plonger à fond dans les jeux de baston (ou de versus fighting, pour les deux puristes du fond qui me regardent de travers), exception faite de For Honor qui s’est avéré être fort décevant, mais ce n’est pas l’objet de cet article. Quand j’ai découvert Absolver, dans un débriefing de l’E3 2016, il avait un je-ne-sais-quoi qui a retenu mon attention. Et c’est avec une certaine fébrilité que j’ai attendu le titre de Sloclap, le studio indé parisien composé d’anciens d’Ubisoft Paris à l’origine de cette nouveauté.

 

 

 

Non mais sérieusement, c’est quoi le projet ?

Absolver est donc un jeu de combat avec des inspirations tirées de Dark Souls, où l’activité première – pour ne pas dire unique – consiste à se savater joyeusement dans un petit open-world, que ce soit en PVP, PVE ou co-op.  Le jeu vous propose d’incarner un prospect, qui doit suivre toute une série de tribulations et battre plusieurs boss dans le but de devenir un Jedi, heu… un Absolver.

Au départ, on vous propose de créer sommairement un personnage, et de choisir parmi trois styles de combat : Forsaken, style équilibré avec un léger focus sur la force, Kahlt, qui se concentre sur la force et la santé, et Windfall, qui priorise la dextérité. Chacun a une capacité défensive spécifique, qui sont respectivement Parry, Absorb ou Avoid. Cerise sur le sac de frappe, il est possible de débloquer le style Stagger, qui n’est ni plus ni moins que ce style de kung-fu totalement délirant popularisé par Jackie Chan dans le film Drunken Master, sorti en 1978. Après une cinématique dépourvue de dialogues, vous êtes lâchés sur les terres d’Adal, un empire tombé. S’ensuit un tutoriel relativement court montrant les quelques mécaniques du jeu. Profitez-en bien, parce qu’après le jeu cesse totalement de vous prendre par la main et ne daignera même pas vous fournir une carte digne de ce nom. Vous êtes grands, débrouillez-vous et apprenez à la dure.

Dès les premières minutes à vous promener, ce qui frappe est la direction artistique. Vous êtes accueilli dans un monde très épuré aux couleurs pastel, qui rappellerait presque du cell-shading. Cela ne plaira peut être pas à tout le monde, mais une chose est sûre, c’est très bien exécuté et c’est beau. L’autre détail dont on ne se rend pas compte tout de suite, c’est la musique. Ou plutôt son absence, celle-ci étant relativement rare, et aux abonnés absents lors des combats. Quand elle est présente, durant les balades champêtres, elle est extrêmement discrète, ambiante et onirique. Il en va de même pour l’interface, claire mais réduite au strict minimum (barre de vie, stamina, abilities et… c’est tout). Bref, un style artistique très calme et zen se situant aux antipodes des jeux de baston habituels, plutôt habitués aux décors flashy et aux gros synthés.

 

C’est bien beau, mais si on danse ?

Le plus important dans un jeu de baston reste tout de même les mécaniques de jeu, car si celles-ci sont bancales, le jeu ne vaut plus rien. Ici, Absolver nous gratifie d’un système très novateur, qui se joue avec deux boutons d’attaque. Si vous venez de penser « beat’em all« , imaginez maintenant un vieux maître de kung-fu qui apparaît derrière vous et vous met un petit taquet derrière la tête pour vous punir de votre erreur. En effet, conjointement à ces deux boutons – une attaque normale et une attaque alternative -, s’associe quatre postures de combat, qui représentent la position et l’orientation de votre personnage par rapport à l’ennemi. Chacune de ces stances donne accès à un combo de coups normaux et une attaque alternative que l’on peut sortir à n’importe quel moment. Certains coups peuvent également se terminer dans une posture différente de celle de départ, ce qui vous permet d’enchaîner les combos entre les différentes stances, autant que votre barre de stamina le permet. Attention toutefois, votre endurance sert également à bloquer les coups en défense, et une fois essoufflé, vous êtes partis pour souffrir !

Vous vous souvenez, juste au-dessus, je vous ai présenté les trois styles de combat et que vous vous êtes dit que trois perso pour un jeu de baston, c’est trop peu ? Et si je vous disais que chaque style n’a pas de liste de coups prédéfinie ? Absolver introduit un nouveau concept, appelé le Combat Deck : pour chaque posture, vous pouvez choisir les coups au sein du combo parmi les moves que vous aurez à votre disposition. Vous pouvez créer votre propre liste de mouvements entre deux combats dans son intégralité, ce qui rend chaque combattant unique et chaque combat excitant dans la mesure où vous ne savez pas quels coups votre adversaire possède à moins de les prendre en pleine face.

 

Promenons-nous, dans les bois…

Vous voilà donc prêt à arpenter les terres d’Adal à la recherche de ces boss à tomber, croisant tour à tour des IA et d’autres joueurs. L’IA parlons-en. Relativement dégourdie, elle n’hésitera pas à vous tomber dessus à deux, voire trois. Quand aux joueurs que vous croisez, vous pouvez bien évidemment vous battre avec, les laisser vivre leur vie, ou bien proposer de jouer en co-op. Pas de chat, seulement une roue de dialogue pour sortir des emotes. Après tout, pourquoi parler quand des gestes suffisent ?

Affronter d’autres combattants, joueurs ou IA, vous permet de peaufiner votre apprentissage. Non seulement vous gagnerez de l’XP en les battant, mais cela vous pourrez apprendre petit à petit certains de leurs coups que vous ne possédez pas dans votre move list. Une fois acquis, vous pouvez les utiliser dans votre Combat Deck. Ainsi, chaque combat est une opportunité d’apprendre et d’en ressortir avec plus de connaissances. Et pour apprendre dans Absolver, on fait comme dans la vraie vie : on regarde les autres faire. Une autre façon d’apprendre est de rejoindre un école. Les joueurs ayant atteint le statut d’Absolver peuvent ouvrir la leur et jouer les sensei auprès de nouveaux joueurs, en leur donnant accès à leur propre Combat Deck, et par extension aux coups qu’il contient.

Les autres joueurs que vous pourrez croiser vous affronteront ou vous aideront, et parfois les deux. Ma première expérience significative du PVP d’Absolver s’est résumée à un joueur qui a couru vers moi et m’a poliment salué avant de m’envoyer son pied dans le pif, m’envoyant au tapis au bout de deux minutes – les combats étant assez longs mais pas ennuyeux pour autant -, il me relève pour que je n’ai pas à réapparaître au début de la zone. On recommence, il me rouste, il me relève, je le bats d’un cheveu… et ainsi de suite pendant un bon quart d’heure. Ces combats m’auront au final appris trois nouveaux coups. On part en co-op battre un boss. Mission accomplie. Il me salue, et s’en va. Ce fut intense et plaisant.

 

 

Moi, j’ai fait l’école de la vie

Au final, Absolver propose peu de choses, et n’est pas exempt de défauts. La caméra à tendance à faire n’importe quoi en combat lorsque vous êtes coincés contre un élément du décor, donnant tout son sens à l’expression « se faire prendre contre un mur« . Le système de combat, associé au verrouillage de l’adversaire, rend les combats en sous-nombre extrêmement compliqués et frustrants : un contre deux passe encore, mais contre trois voire quatre, il vous faudra tout votre zen pour ne pas pousser quelques jurons. Le monde d’Adal aurait également gagné à être plus vaste, la partie solo se boucle aussi vite, si ce n’est plus, qu’une campagne de Call Of Duty, et le PVP est limité pour l’instant à du un contre un, en se baladant dans le monde ou dans des arènes avec matchmaking. Mais le peu qu’il propose, il le fait avec intelligence et maîtrise. Tout est concentré autour du concept d’étudiant en art martiaux, et vos pérégrinations au sein des niveaux vous apportera toujours quelque chose, que l’on parle d’expérience, d’équipement ou de nouvelles options pour votre Combat Deck.

Au-delà du système de combat extrêmement novateur et parfaitement ficelé, affronter l’IA ou d’autres joueurs donnera lieu à de superbes chorégraphies fluides, tantôt frénétiques, tantôt lentes et délibérées, soutenues par des animations très léchées et des coups ne manquent pas d’impact. Chaque combat est une danse avec l’adversaire, et une découverte, en cherchant à connaitre les coups qu’il a à sa disposition. C’est beau, fluide, intense, profond et excitant.

 

 

Poing final

Dans un genre extrêmement codifié, dominé par les productions japonaises et où les différents jeux proposent des mécaniques dans l’ensemble qui ne se renouvellent que rarement, Sloclap a réussi le tour de force de proposer quelque chose d’extrêmement différent et novateur à tous les niveaux. Et le coup d’essai est transformé avec brio, en sortant comme tout premier jeu une véritable pépite qui est probablement l’un des meilleurs jeux de combat parus récemment. Absolver est vraiment engageant et vous invite à aller toujours plus loin, à constamment chercher de nouveaux coups, à peaufiner votre style de jeu et bâtir un deck qui vous corresponde.

Pour ma part, j’ai trouvé mon jeu de combat. Ah et je vous ai dit qu’il ne coutait que 30 euros ?

ERIC PAPE

Duc de Nuquem.

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