[PC] Subnautica, Finding Cousteau

J’aime pas les jeux de survie. C’est trop long ou beaucoup trop court, c’est laborieux, c’est moche, le pitch est risible, c’est buggé, mal équilibré, pas optimisé, ça sort jamais d’early access – ou dans un état lamentable – et c’est souvent plein de zombies qui se brossent pas les dents. Mais parfois, il y a des exceptions. Des vraies exceptions hein, pas une 4587ème pré-alpha qui clame haut et fort qu’elle va écraser la concurrence parce que leur mécanique de craft est révolutionnaire. Des exceptions qui réservent de très bonnes surprises et s’avèrent être des jeux fantastiques. Enfin, un en particulier. Cette exception, c’est Subnautica, le dernier bébé d’Unknown Worlds qui s’est enfin décidé à sortir un nouveau jeu, six ans après Natural Selection 2.

 

 

4546B, alias La Grande Bleue

Subnautica vous met dans la peau d’un explorateur de l’espace qui va très vite regretter de ne pas avoir renouvelé son abonnement à Mondial Assistance. Pour une raison inconnue, votre vaisseau subit une avarie majeure et part s’écraser corps et biens sur la planète 4546B, qui a plus d’eau à sa surface qu’un blockbuster de Kevin Costner. Vous vous réveillez à bord de votre capsule de survie à moitié pétée, flottant à la surface telle une vieille bouteille de Poliakov jetée par un étudiant beurré. En sortant prendre l’air, la seule chose que vous verrez est de l’eau à perte de vue et la carcasse de l’Aurora qui flotte à l’horizon. Votre but est de repartir. Mais avant ça, il vous faudra survivre.

Plutôt que de donner un nom idiot au premier objet sphérique que vous trouverez, vous allez plutôt tenter d’utiliser au mieux ce que votre capsule propose. Et elle propose… pas grand chose : une station de craft, un placard qui fabrique des medkits à intervalles réguliers, et une radio qui est pour le moment hors service. Oh et j’oubliais : votre capsule est équipée d’une intelligence artificielle qui saura vous procurer quelques conseils et des remarques cyniques. Vous voilà donc parti pour remplir deux objectifs : vous équiper, et vous sustenter.

Ainsi démarre votre phase Robinson Crusoé, où vous devrez  plonger pour ramasser diverses matières premières afin de récupérer de quoi confectionner votre première bonbonne d’oxygène, des palmes ou encore un couteau de survie. Vos plongées initiales vous donneront également l’occasion de découvrir le monde sous-marin de 4546B, qui est pour le moins très enchantanteur, avec ses  poissons mignons, sa végétation qui illumine les fonds marins de mille couleurs la nuit… mais également ses premiers prédateurs. Oh rien de méchant, ils sont plus une nuisance qu’autre chose, mais vous prendrez vite l’habitude de savoir où les trouver et à garder un oeil – ainsi qu’une oreille – ouverte. L’oreille est particulièrement chouchoutée dans Subnautica, le travail sonore étant particulièrement convaincant et également porteur d’informations. Pour le moment, tout va bien, on profite calmement du lagon dans lequel on s’est échoué.

 

We’re gonna need a bigger boat

A fur et à mesure, on développe rapidement ses aises dans ce monde sous-marin. On construit de meilleurs équipements, on reconnaît rapidement les plantes capable de nous nourrir ou à même de confectionner certains éléments, on a une vague idée du temps pour ne pas se faire surprendre par la nuit, et on en vient même à se jouer de ces foutus poissons kamikazes qui veulent systématiquement vous péter à la gueule. On en vient carrément à bâtir sa première base, à cultiver soi-même les plantes les plus nourrissantes et construire son premier sous-marin de poche, et à s’aventurer un peu plus loin et un peu plus profondément. C’est aussi à ce moment du jeu que Subnautica offre une dimension plus anxiogène : à visiter des caves de plus en plus complexes et des épaves plus grandes, on se rend très vite compte qu’il est particulièrement aisé d’être désorienté. Et même si l’orientation n’est pas un problème, la perspective de devoir retrouver la sortie dans un dédale lorsque l’on se fait surprendre par le double bip de la bonbonne qui ne contient plus que 30 secondes d’air ne manquera pas d’insuffler une dose de stress bien sentie. Et si par-dessus le marché quelques créatures agressives traînent par là, il faudra faire preuve de sang-froid.

Cependant, vous n’êtes pas au bout de vos peines. La radio de votre capsule, qui diffuse des messages de détresse en différé afin de faire avancer l’histoire, vous invitera à plonger toujours plus loin, plus bas. Là où la lumière se fera parfois plus rare, les prédateurs beaucoup plus féroces, le sentiment d’être une proie facile devient de plus en plus grandissant. La seule chose qui vous distraira sera la beauté et la diversité des différents biomes, qui a chacun son écosystème, son identité visuelle et sonore, et ses prédateurs  (presque) uniques. En parlant de prédateurs, en rencontrer certains vous garantira des moments d’effroi bien sentis, et se faire surprendre par un Leviathan en vous baladant nonchalamment vous fera instantanément couiner des bulles. Seul un retour à votre base où à la surface viendront annihiler vos appréhensions. Et pourtant, vous voudrez y retourner.

 

 

20.000 lieux sous les peurs

Subnautica a beau être un jeu enchanteur, à la direction artistique plus que mignonne et rempli d’environnements et de créatures façonnées avec amour – oui parce que la génération procédurale, ça a ses limites *tousse* No Man’s Sky *tousse* -, sa grande force est de savoir jouer sur la dichotomie des sentiments. Il sait vous proposer un environnement simple à appréhender, et chaque biome vous plongera dans une ambiance propre qui éveillera vos sens avec leur signature visuelle et sonore unique.

D’un autre coté, les risques encourus vis à vis de la potentielle faune qui y dort ou simplement de par le fait que vous n’êtes pas dans votre environnement naturel – non on ne peut pas se fabriquer des branchies, j’ai cherché – fera peser par moment une sensation de malaise ou vous fera paniquer telle une mouche prise dans une toile d’araignée. C’est dans ce contraste entre moments de béatitude et instants glaçants que Subnautica excelle, là où peu de jeux ont réussi. Le jeu ne vous donne rien, ou presque, pour vous défendre : à peine un couteau, et d’éventuels moyens de distraction. Même se promener dans un exo-squelette ou à l’intérieur d’un sous-marin a peu de chances de vous sauver, ces derniers étant aussi résistants que du tabac à chiquer face à certains colosses.

Pourtant, on y va quand même. Et c’est moi qui dit ça, alors que je suis presque incapable de regarder un film d’horreur. L’IA de la capsule et l’histoire vous y poussent, posément, à votre rythme, à descendre toujours plus loin et plus profondément pour vous en mettre plein la vue, vous faire découvrir un monde superbe, et suivre ce fil rouge particulièrement bien écrit et encore mieux narré qui éveillera à coup sûr votre curiosité. Et c’est probablement le point le plus frappant de ce jeu, c’est qu’il ne vous force pas. Bien au contraire, il vous motive.

C’est dans ces situations qu’on se sent con d’avoir laissé son cric à la maison.

The Life Aquatic with Subnautica

Le fait d’être plus ou moins sans défense n’est pas un défaut du jeu. C’est même plutôt une vertu. Subnautica prend le contrepied de tous les autres jeux de survie, qui ont pour habitude de vous armer plus ou moins efficacement pour affronter les obstacles, les détruire ou les dominer. Ici, vous ne serez jamais en haut de la chaîne alimentaire, loin de là. l’approche choisie par le jeu est dans un sens darwinienne : s’adapter ou mourir. Votre meilleure arme est un scanner portatif, qui vous permettra de découvrir des informations sur chaque créature vivante ou minerai dans le jeu. Comme n’importe quel créature d’un écosystème, sur Terre ou ailleurs, le meilleur atout est de connaître ce qui vous entoure.

Approcher des créatures potentiellement dangereuses avec votre scanner en main plutôt que votre couteau vous permettra d’en savoir plus, de découvrir des astuces pour survive à votre environnement, de développer de la connaissance et de l’expertise pour vous permettre de naviguer avec moins de frousse, car vous aurez en tête les clés pour naviguer sereinement dans les différents biomes. Votre survie ne dépend pas de votre capacité à combattre votre environnement, mais à le comprendre. Il est purement question de découverte, de science et de nature.

 

Le seigneur de la mer

J’aime pas les jeux de survie. Je n’aurais jamais pensé un jour écrire pour parler en bien d’un jeu de ce genre. Mais Subnautica ne fait pas seulement partie des rares jeux de ce genre qui s’en sortent plutôt bien. Son savant mélange d’exploration, son cocktail d’émotions contradictoires, son approche dans la manière d’évoluer, son histoire finement léchée et son monde enchanteur et inspiré font de ce jeu un très bon jeu en soit. Il a pourtant bien quelques défauts comme le sérieux problème de distance d’affichage – il n’est pas rare que des choses apparaissent sous vos yeux -, des légers soucis de framerate, quelques soucis de passage à travers des obstacles ou encore une interface par moments pénible… mais au final ces défauts ne viennent pas gâcher outre mesure l’expérience de jeu.

On est au-delà du « très bon jeu ». Subnautica n’est pas seulement un titre qu’on pourrait nommer « GOTY« , cela ne lui rendrai pas justice. Parce que c’est le meilleur jeu de survie que j’ai pu tester, et de loin. Il balaie d’un seul revers tous les défauts que j’ai cité au début et que l’on retrouve bien trop souvent dans les jeux de ce genre. Le jeu d’Unknown Worlds, désormais, est la référence du genre, le roi. C’est à mon sens le mètre étalon du jeu de survie auquel tout autre titre qui se respecte devra nécessairement se mesurer. Il s’est forgé, en un seul coup d’essai, le même genre de trône que l’on prête à des institutions telles que Grand Theft Auto pour sa catégorie. Cela peut paraitre exagéré, mais si j’ose sortir cette affirmation, c’est que Subnautica montre avec brio que les écueils souvent rencontrés chez ses concurrents proches ou lointains ne sont pas inhérents au genre abordé.  Et si je vous dis ça, c’est parce que j’aime pas les jeux de survie. Mais là, j’ai pas envie de partir de 4546B.

 

 

Note de l’auteur : Je souhaite quand même vous conseiller trois choses pour profiter un maximum de votre expérience. La première, c’est de jouer en mode survie, qui active la faim et la soif. Vous allez tout de suite penser que c’est rébarbatif – la faute aux autres jeux de survie, m’voyez -, mais la difficulté sur ce point et très bien équilibré et jouer sans vous priverait de l’intérêt de développer certains aspects de votre base sous-marine afin d’être auto-suffisant, ce qui est fort dommage. La seconde, c’est d’abuser des balises pour marquer tous les points d’intérêt, car il n’est pas toujours évident de s’orienter. Et troisièmement, scannez tout ce que vous pouvez et lisez les informations que vous glanez.

Bon jeu !

ERIC PAPE

Duc de Nuquem.

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