[Jeu Video] Life is Strange, une rencontre entre le jeu video et l’effet papillon

Bienvenue à Arcadia Bay. Nichée sur les côtes de l’Oregon, aux Etats-Unis, cette jolie bourgade fut nativement fondée par les indiens d’amérique, ensuite rejoints pacifiquement par les colons. Parmi les lieux notables, la très célèbre académie de Blackwell, spécialisée dans les sciences et les arts, accueille de nombreux talents prometteurs, notamment grâce à quelques professeurs renommés dont le célèbre photographe Mark Jefferson. Vous trouverez également un superbe panorama près du phare, par-delà la forêt, dont la lumière illumine la route des navires mais également notre jolie ville. Ah, et ne vous en faites pas trop pour les étrangetés climatiques de ces derniers jours, ça va surement passer…

 

Développé par Dontnod EntertainmentLife is Strange est un jeu d’aventure au format épisodique se rapprochant du film interactif, à l’image des jeux Telltales ou encore Quantic Dreams. Le joueur y incarne Maxine Caulfield, dit Max, jeune étudiante en photographie qui se verra très vite obtenir le bien lourd pouvoir de revenir dans le temps…

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Depuis quelque temps maintenant, et grâce notamment à la puissance en constante augmentation des consoles de jeu et des ordinateurs, le jeu video s’est beaucoup rapproché du cinéma. Que l’on parle de réalisation, de mise en scène, de bande son ou même d’esthétique, le temps des jeux qui font « bip-bip » est depuis longtemps maintenant révolu. Il était naturel que le rapprochement se fasse encore plus au point de parfois faire passer le gameplay au second plan. Ces jeux dont l’acte à la manette a moins d’importance que le déroulement propre de l’histoire ont été surnommés films intéractifsDavid Cage, papa de nombreux titres du genre (FahrenheitHeavy RainBeyond: Two Souls…), est justement l’un des plus grand promoteurs de ce style videoludique, qu’il pense être une des évolutions logique du jeu, dû à son rapprochement constant avec l’univers du cinéma. Qu’il soit adulé ou décrié, Cage a cependant participé à l’essor d’un genre désormais apprecié – il suffit de voir le succès des jeux Telltales, notamment The Walking Dead, pour s’en rendre compte – et dont nous allons présentement traiter l’un des sujets les plus réussis qu’il nous ait été donné de jouer.

 

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Tout commence donc avec Max, qui se réveille de ce qui semble être un cauchemar presque apocalyptique, en plein cours de photographie. La jeune fille est depuis peu revenue vivre à Arcadia Bay, notamment pour y suivre les cours du brillant Mark Jefferson, un célèbre photographe, presque un mentor, et y développer son propre talent pour cet art.

Assez recluse et à l’écart, elle va très vite se retrouver face à un drame amenant à la mort de son ancienne meilleure amie, Chloé Price, qu’elle a quitté il y’a quelques années quand ses parents ont déménagé de la ville. Assez inexplicablement, Max va réussir à remonter le temps et empêcher le meurtre de son amie. Dès lors, sa vie va pas mal se chambouler, emmenant notre protagoniste, et le joueur donc, dans une histoire incroyable dont les rebondissement jouerons sans aucun doute avec vos émotions.

 

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Un gameplay cinématographique

Comme indiqué plus haut, Life is Strange se veut de ce nouveau genre que l’on appelle film interactif, nous proposant ainsi une histoire qui, si elle semble linéaire dans son déroulement, est basée sur les choix que vous, en tant que joueur, ferez. Le gameplay se veut donc extrêmement basique, et adapté à l’utilisation d’un pad principalement, bien que le jeu soit jouable au clavier/souris – vous gagnerez cependant énormément au vu du style à être bien au fond de votre canapé. Evidemment, la replay value d’un tel titre est relativement faible – je déconseille personnellement de rejouer le jeu « pour tester d’autres choix », car je pense que ça gâcherait précisément tout ce qui fait sa force, à savoir d’assumer ses actes.

Rien de nerveux, rien de compliqué, tout au plus quelques énigmes au final assez simple à résoudre se présenteront à vous. Il s’agit d’un jeu qui s’explore. Si vous n’êtes pas méticuleux, il est fort probable que vous passiez à côté de certains détails ou certaines actions, ce que ne manquera pas de vous rappeler le petit résumé de fin d’épisode, qui comparera vos choix et vos actes à ceux des autres joueurs, voir de vos amis. C’est amusant et parfois un peu frustrant de se dire qu’on est passé à côté de certaines choses, mais avouons le, c’est aussi ce qui permet de s’approprier le titre, et de se dire que finalement, on a pas tous vécu la même histoire.

Pour finir, il n’y a vraiment pas de difficultés particulières pour arriver au bout des cinq épisodes. Peut-être une ou deux énigmes qui vous résisterons, mais les moins skillés d’entre nous s’en sortiront très bien. En tout cas, il faudra entre 12 et 15 heures pour en découvrir la fin.

 

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Artistiquement au top

Ce qui est rigolo, c’est précisément que le background de Life is Strange est en grande partie basé sur l’art graphique. Et sur ce point précis, il y’aurait énormément à dire. Si la technique n’est pas incroyable, ce jeu est pourtant sublime. La patte esthétique est indéniablement un de ses énormes avantages et les choix de design touchent au génie. Du style des photos au décors chargés de détails, tout est vivant et crédible. Arcadia Bay existe !

L’accompagnement sonore est également parfaitement adapté à l’oeuvre. Des musiques simples, avec des accompagnements tantôt discrets, tantôt plus puissants, parsèment l’aventure et s’adaptent à chaque situation, augmentant ainsi la puissance émotionnelle dégagée par le titre. A vrai dire, et sans jeu de mot, même sur ce point, je n’ai pas relevé une seule fausse note.

Le jeu d’acteur, intégralement doublé en anglais, est lui aussi dans le ton. L’évolution des technologies, notamment de la motion capture et de la synchronisation labiale, permettent d’avoir un rendu très appréciable des conversations. Les discussions entre les personnages, pourtant biens jeunes, sont criantes de réalisme, grâce notamment à une écriture intelligente qui ne rentre jamais dans la parodie du teen movieMax et son entourages sonnent vrais. Et ça, une fois de plus, c’est un exploit.

 

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L’écriture au centre de l’oeuvre

Parce que c’est un exercice difficile – il suffit de voir les critiques émises à cet égard envers les jeux scénarisés par David Cage – il est d’autant plus agréable d’avoir une fois de plus un aspect positif concernant Life is Strange. J’exprimais ma joie de voir des dialogues écrits avec intelligence,  mais ça ne suffirait pas sans un beau scénario. Pour le coup, le travail réalisé sur le fond de l’oeuvre est dantesque. Du journal intime de Max, à l’évolution des personnages secondaires, en passant par le déroulement de l’énigme lui même, tout est fait pour tenir le joueur en haleine durant les cinq épisodes. Il est peut-être un peu facile de jouer du cliffhanger pour terminer chaque volet de l’histoire, mais à l’image de toute série de ce siècle, le public est habitué et l’effet n’est pas un problème – d’autant plus qu’aujourd’hui tous les épisodes sont sortis.

De nombreuses thématiques touchant la jeunesse et l’adolescence sont abordées, sans clichés, sans exagérations, mais avec justesse et ce qu’il faut de pudeur. Loin du traditionnel sexe, alcool, violence, les auteurs explorent également des facettes moins présentes dans le jeu video, comme la solitude, la souffrance psychologique ou même simplement la découverte de soi. Les sujets abordés le sont discrètement, imbriqués dans l’histoire, et ne sont pas imposé comme dans une leçon d’école, car la confrontation de Max à sa réalité d’adolescente se fait tout en subtilité.

Comment développer une histoire aussi riche et finalement aussi courte en si peu d’épisodes ? Je ne m’explique toujours pas comment Dontnod a réussi. Le final, grandiose, apporte bel et bien une réponse à une grande partie des questions, tout en en laissant quelques mystères en suspend, juste ce qu’il faut pour laisser la magie se poursuivre. La thématique de fond et la morale qui déroule de toutes les actions menées par le joueur dans Life is Strange nous ont amené à discuter entre nous de ce que nous comprenions et de notre vision générale de toute cette aventure. Le ressenti général était incroyable, et c’est avec passion qu’on a parlé du frisson, des joies, des larmes.

 

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Sorti en 2015, Life is Strange est l’un des jeux qui m’a le plus marqué de ces dernières années. Cet article, au delà d’être une critique, est une ode, qui certes arrive un peu tard, mais qui a pour but d’exprimer ma gratitude envers ce média magnifique qu’est le jeu vidéo, essentiellement quand il est placé à ce niveau de perfection. Vous voulez passer par toutes les émotions possibles ? Ne cherchez plus, vous avez là le jeu qu’il vous faut. Merci Dontnod.

Apoc

J'aime le piment d'espelette.

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